Dragons, Chapitre 002
Avertissement de contenu :
Ce chapitre aborde les thématiques suivantes : esclavage, élevage en batterie, anthropophagie.
Jade relâcha sa prise sur l’épine dorsale de la dragonoïde et glissa contre son épaule avant de sauter à pieds joints sur le sol. Ce mode de déplacement le déstabilisait compte tenu de l’intelligence de la créature. Ce n’était pas comme monter un cheval, mais plutôt semblable à une balade sur les épaules d’un parent quand on est enfant. Excepté qu’elle n’avait jamais été une gamine et que ce qui se rapprochait le plus d’un père pour elle ne l’aurait pas portée sur ses épaules.
Elle leva les yeux vers le bâtiment où on les attendait. Sa façade humble et sans colonnes ni bas-reliefs indiquait une fonction moindre que celles des thermes ou d’un amphithéâtre. Pour cette civilisation qui ne manquait ni de place, ni de nourriture, ni de force de travail, aucun lieu n’importait plus que ceux où on passait sa journée à échanger des banalités.
D’étroites fenêtres toutes en hauteur fendaient la façade à de rares endroits irréguliers. Un panneau de verre sablé voilait leur surface comme la fine membrane d’une bulle de savon. Cette civilisation capable de fondre des blocs entiers de roche pour bâtir une maison maîtrisait bien entendu le travail de la silice. Ce qui fit tressaillir Jade, c’était l’aspect exceptionnel de la chose. Jamais, depuis qu’elle avait posé les pieds dans la grande cité dragonoïde, elle n’avait croisé des fenêtres de verre. Jusqu’alors, toutes les constructions arboraient de gigantesques espaces vides. Ces créatures à sang-froid toujours chaud ne ressentaient pas le besoin de conserver chaleur ni intimité, y compris dans les bassins d’eaux chaudes. La fierté transpirait des constructions, exposant à tous les yeux la finesse des moulures autant que la perfection de leurs écailles. Dans ce gigantesque espace clos, les courants d’air importaient plus que toute notion d’intimité.
Tandis que le groupe montait la volée de marches jusqu’à la grande porte en bronze, le regard de l’étrangère évalua les environs. Hormis cette petite place où elles étaient arrivées, la zone regorgeait de petites rues aux détours contre-intuitifs. Si bien que même les dragonoïdes pourvues d’ailes comme Serpentinite et Péridotite se posaient dans un quartier plus ouvert avant de pénétrer à pied dans cette région. L’enchevêtrement de bâtisses jusqu’à l’étage supérieur de la ville était serré, une disposition inhabituelle pour une région située aussi bas. Ces dernières – avait-elle remarqué en suivant ses hôtes à toute occasion – tendaient plutôt à s’élargir et proposer des structures vastes, accueillant des dragonoïdes plus massives. Une disposition contre-intuitive jusqu’à ce qu’on observe les impressionnants tunnels qui plongeaient depuis la surface jusqu’à différentes profondeurs de la ruche. Toute question de statut ici se réglait en fonction de l’ancienneté des individus, et comme ces êtres grandissaient sans discontinuer au cours de leur vie, les plus respectées étaient les plus anciennes mais aussi les plus grandes. La différence de taille était telle que si la plupart des étages communiquaient avec ceux d’au-dessus et d’en-dessous, les dragonoïdes des entrailles de la ruche ne croisaient les plus jeunes que si celles-ci descendaient, ce qui n’arrivait qu’en de rares occasions.
La ville-ruche, dont Jade ne connaissait pas encore la longueur, s’étendait sur plusieurs kilomètres d’épaisseur de roches monolithiques comme si tout avait été sculpté dans un cylindre de pierre. Ces dimensions obligeaient Jade à monter sur le dos d’une de ses hôtes pour le moindre déplacement, mais partout où elles l’avaient emmené jusqu’alors, elle n’avait constaté qu’une impeccable homogénéité et une régularité sans faille dans la taille des bâtiments, des voies, comme une termitière géante. Ce pic de densité impromptue ne signifiait qu’une chose : ce qui se déroulait entre ces murs constituait le secret le mieux gardé de toute cette civilisation. Consciemment ou pas – Serpentinite avait longuement insisté sur le fait que la honte n’existait pas dans leur culture, après que Jade ait bataillé pour lui en décrire le principe –, ces créatures cachaient une chose loin du regard de leurs congénères.
Quant aux deux gardes qui gardaient la porte – des drake dépourvues d’ailes, dressées sur leur pattes arrière et portant une côte de mailles grossière, les premières qu’elle croisait avec une forme d’habillage –, l’homoncule ne sut pas dire si leur présence relevait des lieux où de l’événement que sa troupe venait constater. Elles s’inclinèrent en silence devant ses garantes et libérèrent l’accès
À l’ouverture des battants, une forte odeur animale s’échappa de la bâtisse, de toute évidence mal aérée, et fouetta le visage son visage. De la crasse, principalement de la sueur, des excréments et un peu de sang, le tout accompagné d’un léger fumet d’humidité. L’odeur lui rappelait celle d’un champ de bataille, en moins noble.
Puis le bruit la frappa. Un profond silence, sourd et endeuillé, parcourus de sanglots à peine perceptibles. Pas des sanglots de dragonoïdes, dont le syrinx rendait les vocalises singulières et semblables à des chants d’oiseaux, mais bien des sanglots humains.
Poussée à l’intérieur par le mouvement mais contre son instinct, une dizaine de secondes furent nécessaires à Jade pour appréhender les lieux. Elle et les deux dragonoïdes avançaient d’un pas détendu au milieu d’un large hall accueillant des klinai en pierre ornés de divers métaux précieux, aux pieds desquels se trouvaient des cages à oiseaux hautes de trois mètres et des taches de sang séché éparpillées çà et là. Un nouvelle volée de marches, descendantes cette fois, les mena à la source du bruit.
Dans un couloir au plafond bas, à peine assez large pour que Serpentinite et Péridotite marchent côte à côte, s’étendait une série de boxes. En trois rangées sur la hauteur, des pièces juste assez larges pour se mouvoir évoquaient des cellules de prison à l’ancienne : trois murs, et une façade en barreaux ne laissant aucune intimité aux occupants. Par deux, quatre ou six, des groupes d’humanoïdes entièrement nus occupaient les cages, toutes les cages, sans exception.
Iels avaient des traits fins, le corps élancé sur presque trois mètres et la peau jaunâtre scintillant sous la lumière blafarde des braseros – des écailles. Leurs oreilles en forme de trapèze ridiculement grandes dépassaient d’au moins deux largeurs de tête de chaque côté, bordées par une chevelure blanche ou grise. Leurs yeux possédaient une pupille fendue, mais contrairement à la magnifique forme crantée de celle des dragonoïdes, la leur évoquait des yeux de chat.
« Identification, » murmura Jade, sidérée par sa découverte. Pendant que ses jambes continuaient d’avancer seules pour ne pas la trahir, un cadre couleur café translucide se dessina dans son champ de vision. Dedans apparut la silhouette modélisée en trois dimensions d’une de ces créatures. À côté d’elle se déroulèrent les informations connues par le Système : espèce sentiente, humanoïde reptilienne, technologie au niveau de la maîtrise d’alliages complexes, originaires de la Dimension. Nom indigène : Ullidseritt. Enfin, le Système conclut seul au sujet de ce qu’elle ne souhaitait pas verbaliser : proies des dragonoïdes, utilisés dans une forme d’élevage.
L’humaine referma l’interface dans son champ de vision d’un clignement d’œil, contemplant l’impressionnante précision avec laquelle s’agençaient les cellules. Cette vision lui tordait le ventre. Plusieurs fois après que le Système ait livré sa conclusion, elle sentit des remontées acides approcher dangereusement du bord de ses lèvres. Contrainte de demeurer muette, elle désactiva temporairement les sensations de son Simulacre tout en décochant le protocole de danger immédiat.
Son regard croisa celui d’une des femelles enceintes, regroupées entre elles dans une cellule plus larges. Elle s’efforçait de penser à ces créatures comme à des animaux, quand bien même cet argument ne fonctionnait pas tant leur douleur était palpable, qu’elle qu’ait été leur niveau intellectuel. La sincérité de ces pupilles orangées la fit vaciller. La femme s’approcha des agrippa ses deux mains aux barreaux et colla son visage entre deux, élevant une voix rauque et désespérée. Les premières phrases passèrent trop rapidement, le temps que le Système télécharge ce dialecte dans son répertoire linguistique, puis…
« … pourquoi êtes-vous avec elles ? Vous êtes comme nous. Vous devriez nous aider. »
Chacune de ses paroles était empreinte de tristesse et de résignation, comme si elle savait déjà que ses réclamations passeraient inaperçues, comme si elle s’était déjà préparée à passer le restant de ses jours dans une cage, elle et son bébé.
La vision du ventre rond collé contre la grille arracha une larme au Simulacre de Jade, même à travers sa protection émotionnelle. Cette preuve d’empathie mit le feu aux poudres.
D’abord les autres prégnantes se pressèrent aux barreaux, curieuses de savoir à qui s’adressait leur sœur avec autant de conviction. Puis leurs invectives attirèrent d’autres regards et d’autres commentaires. Comme une onde de choc, un murmure, suivi d’une vague de protestations, conquirent le mur d’élevage en moins d’une minute. Tous les mots étaient prononcés en même temps, du plus suppliant « aidez-nous » gémit en pleurs et à genoux au plus véhément « traînée zoophile cannibale » hurlé entre les dents, chacun y allant de son commentaire. Jade avait l’impression de traverser une volière d’oiseaux affolés dont elle comprenait les cris, et ne se rendit pas compte qu’elle avait cessé de marcher et qu’un abondant flot de larmes coulait désormais le long de ses joues.
Par deux fois, son esprit refusa que celui de Péridotite le pénètre, essayant de masquer à tout prix le chaos de hurlements qui retentissait en échos sous son crâne. Elle souhaitait plus que tout partager à ses hôtes la douleur qui suintait par tous les pores de ces corps décharnés, mais elle était ici en qualité d’observatrice. La non-ingérance était un principe fondamental avec lequel elle jonglait dans chacune de ses missions. Ce n’était pas son rôle d’expliquer une éthique subjective à des super-prédatrices régnant sans partage sur leur monde.
Les super-prédatrices, cependant, en plus de leur régime particulier, n’étaient pas non plus coutumières de l’intimité mentale. Après le troisième refus, Péridotite ne se gêna plus et enjamba sans peine la barrière mentale érigée là, entrant sans retenue au milieu de la cacophonie. Elle interpella Jade avec l’image que les dragonoïdes s’étaient construite de son prénom – une série de critères et de sensations, pas tous flatteurs, associés à sa personne, à commençant par quelque chose comme « petit être fragile » – mais malgré toute la bonne volonté mise dans l’acte, le fait qu’elle ait forcé sa présence n’évoqua à Jade qu’un bruit de ponceuse et de métal crissant qui empoisonna ses tempes d’un mal suraigu.
Pour seule réponse, l’étrangère, pas assez entraînée pour maintenir simultanément deux lieux dans son esprit, déversa tout dans cette connexion. Chaque cri qu’elle entendait se glissa en furie dans le cerveau de son hôte, ainsi que la sensation d’étouffement qui l’accompagnait.
Les pensées de Péridotite vacillèrent, ce qui n’était encore jamais arrivé lors d’un échange, et Jade cru voir son âme se faire broyer sous une colère mille fois trop épaisse pour tenir dans son petit Simulacre de cinq mètres.
Heureusement pour elles deux, un chant strident et agressif surplomba les voix de toustes les Ullidseritt et les réduisit au silence. La puissance du cri avait forcé les non-dragonoïdes à se boucher les oreilles, sans quoi iels s’étaient de toute manière évanouis. La température monta aussitôt de quatre ou cinq degrés et tous se mirent à transpirer. Au-delà de la sueur, leurs corps transpiraient la peur face au sifflement de la créature. Jade supposait que ces individus étaient des « prisonniers de guerre » – si se battre avec des reptiles de cinquante mètres de haut à la peau impénétrable avait quoi que ce soit d’une guerre – et savaient donc à quoi s’en tenir après un tel son émis par l’une d’elles. Son propre corps frissonna au souvenir de la démonstration à laquelle elle avait assisté trois semaines plus tôt : la note, d’abord aigüe à vous en arracher les tympans, tombait de plusieurs octaves, devenait rauque, puis rejointe par un gargarisme, elle explosait en une éjection de plasma concentré et rectiligne. Un lance-flammes d’énergie brute, dont la température atteignait des milliers de degrés. Rien n’arrêtait une rafale de ce genre, qui vaporisait la chair et vitrifiait la roche. Ce sifflement-là était une invitation à se faire rayer de l’existence, atome par atome. Comment ne pas être terrifiée ?
Péridotite se retira de sa tête en laissant derrière elle ce qui ressemblait à un mot d’excuse, quand une autre conscience, amère et grincheuse les attrapa au vol. Jade avait déjà entendu cette dragonoïde, c’était une membre du Conseil, quoi que cela veuille dire. Serpentinite et Péridotite aussi en faisaient partie, et elles avaient pourtant eu besoin de son accord pour obtenir le droit de l’héberger. Ce Conseil arborait dans son esprit une allure mystique, ce qui n’échappa pas à la nouvelle invitée dans ses pensées, dont les idées se chargèrent de mépris.
Après avoir envoyé une paire de signaux à la limite de l’insulte, elle compléta par l’image de Jade – dont le surnom était ici beaucoup moins affectueux que dans l’esprit de Péridotite – et une interrogation sur sa présence en ces lieux, ponctuée par le souvenir caphanaüm qui venait de s’achever. Sa vision désarticulée des cris prouva au passage que les dragonoïdes ne connaissaient pas la langue des Ullidseritt et ne les voyaient que comme des bêtes pas plus intelligentes que la moyenne. Cependant, aucun indice ne l’aida à déterminer si c’était par ignorance ou par préférence.
Serpentinite entra dans le cercle de consciences avec fermeté, rétorquant que si elles n’avaient pas amené leur invitée avec elles, le conseil se serait plaint qu’elle soit sans surveillance. Les réponses de la membre du Conseil ne furent pas belle à voir, mais elle s’avoua vaincu quand Péridotite enchaîna sur la raison de leur présence. Pour Jade, la télépathie demeurait contre-intuitive, même si elle se déroulait à courte distance. Être capable « d’entendre » quelqu’un avant de le voir lui donnait la nausée à l’instar d’un mal des transports. Toutefois, l’enchaînement des idées et l’apparition de la créature dans son champ de vision révéla la scène avec d’autant plus de théâtralité.
Au bout du couloir, avant une nouvelle série de marches qui s’enfonçaient plus profondément dans les entrailles de la ruche, un petit groupe de dragonoïdes s’agglutinait dans des positions inconfortables, visiblement à l’étroit. Au centre, une grande aux écailles brune, le corps allongé et sans ailes, était plus longue que Serpentinite et Péridotite réunies. C’était elle qu’elle avait croisée lors de son arrivée. Une ambiance de salutations formelles indiqua cependant que toutes les créatures présentes étaient membres du Conseil, quelle que soit leur taille ou leur forme.
À leurs pieds, sur le sol, gisait le corps d’une autre dragonoïde, d’une vingtaine de mètres d’envergure. Elle portait de larges entailles d’où débordaient des boudins cramoisis à l’aspect rocheux, comme si l’intérieur de son corps avait été constitué d’une mousse compressée jaillissant à la moindre déchirure de l’enveloppe. Des grains de la même texture, semblables à des scories magmatiques, jonchaient le sol autour d’elle. Cependant, l’immanquable résidait dans le trou béant dans sa poitrine, au découpage brut, qui la traversait de part en part.
Le premier cadavre de dragonoïde que découvrait l’étrangère. Elle assumait jusqu’alors que celles-ci étaient immortelles, sur la base de l’étonnante longévité vantée par Serpentinite et l’absence d’inquiétudes fondamentales. Les hôpitaux n’existaient même pas, et ce qui se rapprochait le plus d’un centre médical étaient des herboristeries, dont le rôle majeur consistait surtout en fumeries de substances en tout genre. Ces créatures au cuir écailleux dur comme la pierre et capables de cracher de la matière incandescente semblaient tout du moins retorses.
Jade comprit au silence qui s’installait que cette découverte ne perturbait pas qu’elle. Les titanides à écailles autour d’elle échangeaient des regards circonspects entre deux observations du corps, mais elle n’entendait pas l’habituel bourdonnement des échanges mentaux hermétiques quand elles l’excluaient de leurs messes basses. Personne n’osait ouvrir le dialogue.
« Connaît-on la cause de la mort ? » se mouilla-t-elle, l’esprit ouvert.
Une série de têtes incrédules se tournèrent vers elle, l’air de demander si on leur jouait un mauvais tour. Comme elle leur rendit leur regard, les yeux plissés, sans se démonter, la plus petite – à peine deux fois la hauteur de son Simulacre – lui envoya une série d’images d’une dragonoïde se faisant ouvrir la poitrine et arracher son cœur.
Péridotite insista sur l’aspect cristallin et rayonnant de ce qui brûlait dans leur poitrine. Une pierre massive et brute, rougeoyante, aux reflets d’obsidienne. Elle ressemblait à un gros rubis, mais dont l’intérieur grouillait de lumière et de chaleur, dansait et vacillait, comme s’il était vivant. L’image mentale que s’en faisaient leurs détentrices était immaculée, presque sacrée. Elles le concevaient comme le minéral primordial, le plus pur de tous. « lapis purus » pensa Jade, dont l’aspect mystique de l’objet un nom dans la langue ancienne ; lapure, conclut-elle, fière de nommer des découvertes comme une vraie exploratrice. Celle qui dialoguait avec elle écouta la sonorité qu’y apposait le cerveau de Jade, et sembla satisfaite de cette décision bien qu’elle ne pourrait jamais prononcer le mot.
Le plaisir fut cependant de courte durée lorsqu’elle réalisa qu’on la prenait pour une idiote. Que la victime se soit faite éventrer paraissait évident. Arracher le cœur ou quoi que ce soit qui joue un rôle similaire, elle l’avait supposé. Sa véritable question portait sur qu’est-ce qui peut bien arracher la lapure d’une créature aussi puissante ?
L’assemblée réagit positivement à la dernière flatterie, et quelqu’une daigna lui répondre une série de visions éloquentes : seule une dragonoïde pouvait tuer une dragonoïde.
La tension dans le couloir s’alourdit, palpable. Jade sentit que quelque chose ne tournait pas rond. Les membres du Conseil étaient mal à l’aise. Plusieurs d’entre-elles frémirent comme si toute la ruche menaçait de s’effondrer.
Pourquoi un vulgaire meurtre les mettaient-elles dans cet état ? Nombre de civilisations en perpétraient tous les jours sans sans qu’ils n’influencent le cours de leur histoire.
Serpentinite partagea alors avec elle une émotion. Un étrange sentiment de plénitude, de béatitude et de puissance. La vision que les dragonoïdes éprouvaient d’elles-mêmes. Un sentiment indescriptible qui regroupait ce à quoi aucune autre civilisation ne pourrait prétendre : pas de vieillesse, pas de maladie, pas de famines, pas de guerres, pas de fatigue, pas de travail contraint, pas d’inégalités, pas de peurs. Une société en apparence parfaite, dépourvue de tensions.
Une société où le meurtre n’existait pas.
Pourtant, à leurs pieds gisait un cadavre.
Sur ce,
Belle Lune,
Wayce Upen Foya
